Introduction : la nouvelle colposcopie

L’histoire de la colposcopie est un exemple de l’adaptation d’une technique d’observation à son sujet. Hinselmann espérait, grâce au colposcope, déceler le microcarcinome, petit cancer invasif invisible à l’œil nu, que l’on croyait, à son époque, être la forme de début du cancer du col utérin. Il ne rencontra qu’exceptionnellement une telle lésion, mais il découvrit sur le col des anomalies de l’épithélium pavimenteux qu’il décrivit sous le nom d’atypies épithéliales et dont une partie correspond à ce que nous appelons aujourd’hui les dysplasies. Pendant longtemps, la colposcopie a été la seule méthode de dépistage des dysplasies du col. Elle a eu des débuts difficiles, liés aux difficultés de son apprentissage, et elle est restée pendant vingt-cinq ans utilisée presque uniquement dans les pays germaniques. Le test de Schiller, inventé à la même époque que la colposcopie, s’est davantage répandu parce qu’il était plus facile à réaliser, mais il n’a pas donné les résultats espérés, par suite de son manque de spécificité. Avec l’apparition de la cytologie exfoliative, on a pensé pendant un certain temps que la colposcopie et le test de Schiller étaient condamnés à disparaître. C’est le contraire qui s’est produit. Ces deux méthodes ont seulement changé d’objet. Elles ne sont plus des méthodes de dépistage, mais elles sont devenues des méthodes d’étude topographique des lésions du col utérin et du vagin. Faire une colposcopie, ce n’est plus discuter si une lésion est une mosaïque ou une zone ponctuée. C’est déterminer sa situation, sa taille et son extension. C’est décider si un diagnostic histologique fiable peut être obtenu par des biopsies dirigées ou s’il nécessite une conisation. Longtemps limitée à l’examen de la surface des muqueuses, la colposcopie peut explorer maintenant la profondeur du tissu conjonctif lors de l’utilisation de l’anse diathermique. Cette colposcopie du tissu conjonctif apporte à la méthode un nouveau champ d’application dont l’exploration semble prometteuse.

Dans le diagnostic et le traitement des dysplasies, le colposcopiste assume la responsabilité principale, avant le pathologiste, car le temps n’est plus où le traitement était décidé en fonction du seul diagnostic histologique. C’est sous le colposcope que sont pratiqués les traitements locaux non mutilants.

Parallèlement, le colposcope s’est adapté à son nouveau rôle : conçu au début comme une sorte de sous-microscope, ayant un champ de vision réduit et un grossissement assez élevé, le colposcope est maintenant doté de plusieurs grossissements dont le plus faible donne une vue d’ensemble du col et du vagin. Il s’apparente de plus en plus aux appareils utilisés en microchirurgie.

Cette nouvelle colposcopie a un rôle bien défini dans la pathologie du col utérin et du vagin. Elle n’est plus un examen de routine, fait en quelques minutes par tout gynécologue à chacune de ses patientes. C’est un examen sélectif, réservé aux seules malades qui en ont besoin, et effectué dans des conditions destinées à lui donner le maximum de fiabilité. L’importance de ce rôle fait que cet examen doit être pratiqué par un colposcopiste spécialiste ayant des connaissances d’histopathologie et une expérience clinique à la mesure de ses responsabilités.